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Mythologie et mythes

Introduction

Si l’Hypermythe est le récit cosmogonique propre à Kurumada, il repose lui-même sur un socle bien réel : la mythologie gréco-romaine, largement complétée par d’autres traditions du monde entier. Au-delà du panthéon qui structure l’ensemble de la série, Saint Seiya puise aussi dans des mythes précis pour construire ses personnages : chaque constellation portée par un Chevalier renvoie à une légende antique bien réelle, que Kurumada détourne pour nourrir le caractère, les techniques de combat ou le destin de son porteur.

Une base essentiellement gréco-romaine

Le panthéon grec omniprésent

Le panthéon grec est de loin le plus représenté dans l’univers de Saint Seiya. On y retrouve les Dieux Primordiaux (Chaos, Gaïa, Ouranos…), les Titans, ainsi que les Dieux Olympiens, à commencer par Zeus, Athéna, Poséidon, Hadès ou Arès. Les principaux antagonistes de la série sont d’ailleurs, pour la plupart, des divinités issues directement de ce panthéon : Poséidon et Hadès dans la série originale, puis les Olympiens du Royaume Céleste dans Saint Seiya : Next Dimension.

Un panthéon romain distinct

Le panthéon romain, quant à lui, reste séparé du panthéon grec dans la franchise : dans Saint Seiya Oméga par exemple, les dieux romains gouvernent chacun une planète portant leur nom, bien distincts de leurs équivalents grecs.

D’autres mythologies convoquées

La mythologie nordique : le cœur de l’arc d’Asgard

C’est la tradition la plus développée après le panthéon grec. Le peuple d’Asgard vénère Odin, dieu protecteur des terres gelées du Grand Nord, dont l’apparition dans l’arc « Bataille d’Asgard » reste un ajout propre à l’adaptation animée, absent du manga original. Plusieurs autres figures scandinaves apparaissent à ses côtés, à commencer par Loki, son ennemi juré, ou encore Hilda, la souveraine humaine d’Asgard dont le nom renvoie à la Walkyrie Brunehilde, et sa jeune sœur Freyja, référence directe à la déesse nordique du même nom.

La série emprunte également à la mythologie nordique certains objets légendaires : l’épée d’Odin, le Balmung, et l’arbre-monde Yggdrasil, qui soutient le monde entier dans les récits scandinaves et scelle la statue du dieu jusqu’à sa révélation. Le film « La Guerre des Dieux », antérieur à la série, avait déjà posé les bases de cet univers en empruntant des noms comme Freyr ou Ullr, même si ces personnages restent peu développés au-delà de leur simple patronyme.

Un pont vers les légendes allemandes

L’arc d’Asgard ne s’arrête pas à la seule mythologie scandinave : il emprunte aussi massivement à la Chanson des Nibelungen, poème épique allemand du XIIIe siècle qui raconte les exploits du héros Siegfried, « tueur de dragon ». Plusieurs Guerriers Divins d’Odin portent ainsi des noms directement tirés de cette légende, comme Hagen, Alberich ou Mime — ce dernier étant, dans le poème original, le nain qui éleva Siegfried. L’armure de l’un de ces guerriers rappelle même directement le dragon Fafnir, la créature à deux têtes terrassée par Siegfried dans la légende germanique.

La mythologie hindoue

Cette tradition est notamment développée à travers le personnage de Shaka, Chevalier d’Or de la Vierge, dont les pouvoirs et les dialogues font directement référence à Bouddha, jusqu’à laisser planer le doute sur la nature exacte de ce dernier dans l’univers de la série. Plus tardivement, dans Saint Seiya Oméga, le personnage de Shiva emprunte son nom au dieu hindou de la danse cosmique, à la fois créateur et destructeur, connu pour piétiner le démon Apasmara lors de sa danse cosmique.

La mythologie celtique

Issue des légendes irlandaises, elle apparaît plus tardivement dans la franchise avec l’introduction de quelques divinités, dont le développement reste pour l’instant plus limité que celui des panthéons grec ou nordique.

D’autres traditions religieuses

La série évoque aussi, plus ponctuellement, des éléments empruntés à la mythologie égyptienne ou à d’autres traditions comme le christianisme, à travers des mentions de Dieu ou du Christ, sans jamais trancher vraiment sur leur nature exacte ni sur leur éventuel lien avec le panthéon grec.

Les mythes des dieux présents dans Saint Seiya

Au-delà de leur simple statut de personnages, chacun des grands dieux mis en scène par Kurumada porte avec lui son propre mythe d’origine, plus ou moins fidèlement repris.

Zeus, le roi disparu

Fils de Cronos et de Rhéa, Zeus mena la révolte des jeunes dieux contre les Titans lors de la Titanomachie avant de devenir le souverain du Ciel et de la Terre — un rôle qu’il conserve dans la série, où il est présenté comme le plus puissant de tous les Olympiens. Fidèle à un motif que l’on retrouve dans plusieurs récits mythologiques, le Zeus de Saint Seiya finit par confier la protection de la Terre à sa fille Athéna avant de disparaître mystérieusement, laissant planer le doute sur son sort.

Athéna, née du mal de tête de son père

Athéna est présentée comme la fille de Zeus, reprenant ainsi l’un des mythes de naissance les plus connus de la mythologie grecque, où la déesse aurait jailli tout armée du crâne de son père. À la différence de ses oncles Poséidon et Hadès, elle ne s’empare pas du corps d’un hôte pour revenir sur Terre : elle choisit de se réincarner entièrement en humaine, afin de mieux comprendre et partager les émotions de ceux qu’elle protège — une torsion propre à la série par rapport à la déesse distante et impériale de la mythologie antique.

Poséidon, le rival malheureux d’Athéna

Frère de Zeus et d’Hadès, Poséidon règne sur les océans. La série s’inspire directement d’un mythe fondateur athénien bien réel : la légende raconte que Poséidon et Athéna se disputèrent la protection de la ville d’Athènes, le dieu des mers faisant jaillir une source d’eau salée du rocher de l’Acropole tandis qu’Athéna offrait aux habitants un olivier ; ce sont ces derniers qui choisirent la déesse, précipitant la colère du dieu vaincu. Cette rivalité ancienne entre les deux divinités se retrouve directement dans l’affrontement que met en scène Saint Seiya entre Athéna et Poséidon, réincarné en Julian Solo.

Hadès, le maître injustement redouté des Enfers

Hadès règne sur le royaume souterrain des morts aux côtés de son épouse Perséphone, qu’il enleva alors qu’elle cueillait des fleurs dans un champ, provoquant le chagrin de sa mère Déméter et l’instauration du cycle des saisons. Il est gardé par le chien monstrueux Cerbère et possède une Kunée, un casque rendant invisible qu’il prête à l’occasion, notamment à Persée dans le mythe original. Si la mythologie antique le présente davantage comme une divinité juste et inexorable que réellement malveillante, la série en fait à l’inverse un adversaire actif, déterminé à interférer directement dans le destin du monde.

Arès, la brutalité incarnée

Arès, le dieu de la Guerre, est décrit dans l’Hypermythe comme le plus violent des dieux, semant la discorde pour pousser les hommes à s’entre-tuer — un trait de caractère fidèle à sa réputation dans la mythologie grecque, où il est déjà perçu comme un dieu sanguinaire et peu apprécié de ses pairs, y compris d’Hadès, dont le royaume profite pourtant directement des guerres qu’il déclenche.

Apollon et Artémis, la fratrie jumelle

Enfants de Zeus, Apollon et Artémis forment dans la mythologie grecque une paire de jumeaux, respectivement dieu des arts et déesse de la chasse. Introduits plus tardivement dans la franchise, notamment via les films d’animation puis le manga Next Dimension, ils y conservent ce lien de fratrie directe avec Athéna.

Les autres dieux de l’Olympe

Le Taizen, ouvrage de référence sur la série, retient une liste de douze grands dieux olympiens directement inspirée de la mythologie classique : outre Zeus, Poséidon, Hadès, Athéna, Apollon et Artémis, on y trouve Héra, déesse du mariage, Déméter, déesse des récoltes et mère de Perséphone, Hestia, déesse du foyer, Hermès, messager ailé des dieux, Héphaïstos, dieu forgeron à qui la légende attribue la fabrication des armes et armures divines, et Aphrodite, déesse de l’amour. La plupart de ces figures ne sont encore que mentionnées dans la série, sans avoir fait l’objet d’un développement narratif complet.

Les mythes des Chevaliers de Bronze

Pégase : le cheval né de Méduse

Dans la mythologie grecque, Pégase est un cheval ailé né du sang de la Gorgone Méduse, décapitée par le héros Persée. Le héros l’aurait ensuite chevauché pour échapper à la colère des deux autres Gorgones, avant de l’utiliser plus tard pour vaincre la Chimère, un monstre né de Typhon et d’Echidna. Ce mythe irrigue directement le personnage de Seiya, dont l’attaque signature, le Pegasus Ryūsei Ken, dessine les treize étoiles de la constellation.

Andromède : la princesse enchaînée

Andromède est, dans la légende, une princesse éthiopienne enchaînée à un rocher et offerte en sacrifice à un monstre marin, avant d’être sauvée par Persée — le même héros associé au mythe de Pégase. Cette image des chaînes se retrouve directement dans l’arme du Chevalier Shun, la Chaîne d’Andromède, capable de s’étendre et de s’enrouler autour de ses adversaires.

Le Dragon : le gardien des pommes d’or

La constellation du Dragon renvoie au mythe de Ladon, un dragon chargé de garder les pommes d’or du jardin des Hespérides, que Héraclès dut affronter lors de l’un de ses douze travaux. Porté par Shiryū, ce symbole de force et de garde inébranlable se retrouve dans son surnom de « Dragon », réputé pour son endurance et sa défense.

Le Cygne : la métamorphose de Zeus

Le Cygne renvoie au mythe de Zeus, qui se serait métamorphosé en cygne pour séduire la reine Léda, donnant naissance à Hélène de Troie et aux Dioscures. Le Chevalier Hyōga, dont les pouvoirs de glace évoquent la froideur et la blancheur immaculée de l’oiseau, porte cette constellation.

Le Phénix : l’oiseau qui renaît de ses cendres

Le Phénix est l’oiseau mythique qui se consume entièrement avant de renaître de ses propres cendres, un symbole de résurrection perpétuelle. Ce mythe colle parfaitement au personnage d’Ikki, capable de se relever indéfiniment après chaque défaite grâce à son propre Cosmos, à l’image de l’oiseau qu’il incarne.

Les mythes des douze Chevaliers d’Or

Les douze signes du Zodiaque, portés par l’élite de l’armée d’Athéna, renvoient chacun à une légende distincte :

  • Le Bélier évoque la Toison d’or, la peau du bélier magique qui sauva Phrixos et inspira plus tard la quête des Argonautes.
  • Le Taureau rappelle Zeus métamorphosé en taureau pour enlever la princesse Europe.
  • Les Gémeaux renvoient à Castor et Pollux, les frères jumeaux inséparables de la mythologie grecque.
  • Le Cancer évoque le crabe géant écrasé par Héraclès lors de son combat contre l’Hydre de Lerne.
  • Le Lion fait référence au lion de Némée, terrassé par Héraclès lors du premier de ses douze travaux.
  • La Vierge est associée à Astrée, déesse de la justice, qui aurait quitté la Terre en dernier à la fin de l’Âge d’or.
  • La Balance renvoie également à cette même figure de la justice, tenant les plateaux qui pèsent les actions des hommes.
  • Le Scorpion rappelle la créature envoyée pour tuer le chasseur Orion.
  • Le Sagittaire évoque Chiron, le centaure sage et précepteur de nombreux héros grecs.
  • Le Capricorne renvoie à la chèvre Amalthée, qui nourrit le jeune Zeus caché sur l’île de Crète.
  • Le Verseau représente Ganymède, jeune prince troyen enlevé par Zeus pour devenir l’échanson des dieux.
  • Les Poissons évoquent Aphrodite et son fils Éros, changés en poissons et liés par une corde pour échapper au monstre Typhon.

Les noms des personnages, un jeu de références

Bien au-delà des seuls dieux, Kurumada et ses collaborateurs puisent largement dans la mythologie pour nommer leurs personnages secondaires, en reprenant souvent l’histoire du figure d’origine comme clin d’œil ou comme miroir du rôle qu’ils jouent dans la série.

Arachné, la tisserande punie

Arachné, dont le nom signifie « araignée » en grec, fait référence à la tisserande punie par Athéna et transformée en araignée pour avoir osé la défier dans son art.

Shiva et Saga

Shiva, personnage de Saint Seiya Oméga, emprunte son nom au dieu hindou de la danse cosmique, à la fois créateur et destructeur. Saga, le Chevalier d’Or des Gémeaux, incarne quant à lui littéralement la dualité de sa constellation : il possède à la fois une seconde personnalité maléfique et un frère jumeau, Kanon.

Les Juges des Enfers : Rhadamanthe, Minos et Éaque

Les trois bras droits d’Hadès reprennent directement le nom des trois juges des Enfers de la mythologie grecque, chargés de juger les âmes des morts selon leur origine. Rhadamanthe, fils de Zeus et d’Europe, y était réputé pour sa justice implacable, fondée sur la loi du talion. Son frère Minos, célèbre roi de Crète, doit sa légende au Minotaure : ayant offensé Poséidon en refusant de lui sacrifier un taureau, il vit sa femme Pasiphaé maudite par le dieu, donnant naissance à la créature mi-homme mi-taureau enfermée dans le labyrinthe de Dédale. Quant à Éaque, fils de Zeus et d’Égine, sa réputation de droiture — au point d’exiler ses propres fils coupables de meurtre — lui valut d’être choisi comme juge des âmes européennes. Cette répartition entre les trois juges se retrouve jusque dans le titre du Chevalier de la Vierge, jugé digne d’accéder au tribunal des Enfers dans certaines versions de la série.

Aiolos, le nom du dieu des vents

Le Chevalier d’Or du Sagittaire, Aiolos, porte le nom grec d’Éole, le dieu qui régnait sur les vents et commandait à ses quatre fils : Borée (le vent du Nord), Zéphyr (le vent d’Ouest), Euros (le vent d’Est) et Notos (le vent du Sud).

Orphée et Eurydice, l’amour plus fort que la mort

Ces deux personnages, apparus dans l’arc d’Hadès, reprennent le nom du musicien mythique Orphée et de son épouse Eurydice, morte prématurément et qu’il tenta de ramener du royaume des morts grâce à la beauté de son chant — au prix, dans la légende originale, d’un ultime regard en arrière qui la lui fit perdre à jamais.

Hypnos et Thanatos, les jumeaux du Sommeil et de la Mort

Ces deux dieux mineurs, alliés directs d’Hadès dans la série, portent le nom de figures mythologiques bien réelles : Hypnos, personnification du Sommeil, et Thanatos, personnification de la Mort, présentés dans la mythologie grecque comme des frères jumeaux, tous deux fils de la Nuit (Nyx) — une filiation qui explique leur proximité constante avec le royaume souterrain d’Hadès dans l’œuvre de Kurumada.

Les grands mythes fondateurs

La Titanomachie et la Gigantomachie

Deux grands conflits de la mythologie grecque irriguent le lore de la série : la Titanomachie, la guerre qui opposa les Olympiens aux Titans menés par Cronos pour la domination du monde, et la Gigantomachie, où les mêmes Olympiens durent affronter les Géants engendrés par Gaïa. Ces deux épisodes, repris et développés par l’Hypermythe, servent de trame à plusieurs spin-offs plus récents comme Saint Seiya G ou Gigantomachia.

Prométhée et Pandore

Le mythe de Prométhée, qui façonna les premiers hommes et déroba le feu des dieux pour le leur offrir, est directement repris pour expliquer l’origine de l’humanité dans l’Hypermythe. Sa punition entraîne en retour la création de Pandore, premier fléau envoyé par Zeus pour châtier les hommes — un nom que la série réutilise pour l’une des servantes d’Hadès, en clin d’œil direct à la légende originelle.

Les libertés prises par Kurumada

La réincarnation des dieux

La plus notable de ces libertés est la réincarnation des dieux, qui doivent se revêtir d’une enveloppe charnelle terrestre pour exister et déployer leur puissance — une spécificité étrangère à la mythologie originelle, où les dieux, à l’image de Zeus, peuvent au contraire prendre les formes les plus diverses sans jamais s’incarner durablement.

Des divinités inventées de toutes pièces

Certaines divinités présentes dans la franchise, comme Abel, Oneiros ou, dans une moindre mesure, Phobetor et Kairos, n’existent pas dans la mythologie réelle ou n’y possèdent pas l’histoire qui leur est donnée dans la série : elles ont été créées de toutes pièces, ou ne partagent que leur nom avec leur lointain homologue mythologique.

Un vaste réseau d’inspirations littéraires

Au-delà des mythologies à proprement parler, Saint Seiya doit aussi beaucoup à d’autres sources littéraires : les légendes du roi Arthur telles que les racontait Chrétien de Troyes, la Chanson des Nibelungen — qui inspire directement l’arc d’Asgard et le personnage de Siegfried, le « tueur de dragon » —, ou encore, plus surprenant, les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas, souvent citée par les fans de longue date comme une influence sur l’esprit de camaraderie des Chevaliers de Bronze.

Conclusion

La mythologie dans Saint Seiya fonctionne donc à plusieurs niveaux : une base gréco-romaine dominante, fidèle dans ses grandes lignes aux dieux, créatures et légendes antiques ; des mythes précis, associés à chaque constellation, qui donnent du sens aux pouvoirs et aux destins des personnages ; des touches empruntées à d’autres cultures du monde ; et par-dessus tout cela, les inventions propres à Kurumada — au premier rang desquelles l’Hypermythe et la réincarnation des dieux — qui transforment ces récits anciens en une mythologie de fiction à part entière.

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